LE FRANC-MAÇON CITOYEN, OU LA PROBLÉMATIQUE DU POSITIONNEMENT POLITIQUE DU FRANC-MAÇON DANS LA CITÉ

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Si nous savons que les obédiences maçonniques françaises ont un abord différent des discussions politiques. Les unes les interdisent, les autres les encouragent. Selon que vous soyez « libéral adogmatique » ou « traditionnaliste croyant », le citoyen devra rentrer maillets battants ou être laissé à la porte du Temple avec les métaux.

Au-delà de ces considérations d’appareils, qu’en est-il de l’action citoyenne du franc-maçon, peu importe sa pratique de l’Art Royal ?

Pour tenter de répondre à cette question sensible, tournons un instant nos regards vers le monde profane qualifié d’état de Droit et prétendument démocratique. Ce dernier nous considère, tour à tour en fonction des intérêts idéologiques du moment, comme citoyen, comme travailleur ou comme consommateur. Rarement les trois en même temps.

Le citoyen est sensé faire la Loi dans la cité (est citoyen celui dont la volonté, son bulletin de vote, est créatrice du Droit).

Le travailleur, ou agent de production, doit se conformer aux procédures et protocoles de son poste de travail pour produire un bien ou un service conforme et commercialisable. Il est dépossédé complètement des organisations de travail, de la production de son poste de travail, de la destinée de l’outil de production. Pour le soumettre au principe du lien de subordination et lui faire accepter le caractère totalitaire du « marché du travail » il suffit d’un tour de passe-passe sémantique et le voilà « acteur » ou « collaborateur » devant « satisfaire un client » selon les « standards qualité » certifiés. Notre individu est rendu schizophrène en étant tour à tour, roi dans la cité et serf dans l’entreprise.

Le consommateur est un être hybride que le système veut influencer en manipulant son comportement de consommateur tout en le déclarant apte à réaliser librement cet acte, justement parce qu’il est aussi citoyen. Il se retrouve face à un dilemme ; Arbitrer entre une doxa commerçante et une volonté d’influencer les procédures et protocoles de production de ce qu’il consomme afin de le rendre acceptable selon sa propre analyse et les principes qui fondent sa vision de la vie.

Par exemple, c’est parce que le consommateur d’actes médicaux est aussi un citoyen que le médecin doit s’assurer de son « consentement éclairé » à cet acte de consommation. Dans les faits cela se traduit souvent par : « signez dans la case, l’infirmière vous expliquera après ».

Mais alors, quel rôle pour le franc-maçon dans la cité?

Pétri d’idéaux humanistes d’amour universel et de fraternité, il doit être tour à tour citoyen, travailleur et consommateur tout en restant dans les préceptes acquis dans le Temple.

Dur labeur s’il en est ! Comment, par exemple, arborer fièrement le dernier smartphone en sachant que les terres rares, nécessaires à la fabrication de la batterie, sont arrachées à la terre africaine par des doigts d’enfants ? Voilà qui interroge le franc-maçon et le citoyen.

Une dictature inconnue s’installe, une dictature au sens étymologique du mot, un « gouvernement des doctes », une dictature à coup de règlements et directives faites par des gens, des « experts », pour lesquels personne n’a voté et qui se distillent dans la société au rythme du « soft power ». Quand une dictature s’installe par les armes elle tombe par les armes. Quand une dictature s’installe par des livres de Lois, elle tombera par les livres de Lois.

Dans ces conditions, que le franc-maçon devienne un militant politique n’a finalement rien d’étonnant. Ce militantisme doit pourtant s’inscrire dans un cadre fixé il y a des siècles grâce auquel la franc-maçonnerie a pu survivre, perdurer et se développer au cours du temps face aux changements de régimes politiques.

Quel est ce cadre ?

En étudiant les textes fondateurs de l’ordre maçonnique, on trouve ceci :

« ….ne pas s’immiscer dans des complots ou conspirations contre le pouvoir civil, se soumettre aux édits de la législature suprême et obéir respectueusement à la magistrature civile », puis rajoute « ….être un paisible sujet vis-à-vis du pouvoir civil » et enfonce le clou avec « ….être un homme de bien, loyal, homme d’honneur et de probité ».

De là à penser que le franc-maçon doit se taire et obéir il n’y a qu’un pas. Les choses ne sont pas si simples que ça. Le franc-maçon doit respecter la Loi et inscrire ses actions citoyennes dans un strict respect de ces Lois, voilà ce qui est dit et pas autre chose.

Quand la morale maçonnique que le franc-maçon applique dans sa vie quotidienne est en opposition avec la Loi du pays, le maçon-citoyen milite légalement pour la changer et la rendre compatible avec sa morale.

Quand nous analysons la position des francs-maçons membres du parti de la France Insoumise (FI), parti qui ne propose rien de moins que de suspendre la constitution française et passer outre les traités internationaux, ici européens, de désobéir à la commission européenne avec son « plan A » et son « plan B », nous nous posons la question du parjure aux engagements maçonniques, aux serments prêtés dans le Temple en fonction des degrés acquis et du rite.

Quand nous analysons la position des francs-maçons membres de partis dits « de droite républicaine », « libéraux » et « sociaux-démocrates » (PS, MODEM, UDI, Les Républicains) partis plus connus pour leurs déboires judiciaires que par leurs accomplissements bénéfiques lorsqu’ils furent aux affaires et jusque parmi les ministres de la république englués dans le mensonge, la compromission et la corruption, disant tout et son contraire ci-devant les caméras de télévision, défendant l’indéfendable, nous finissons par penser que nombre de profanes respectent bien plus les textes fondateurs maçonniques que certains francs-maçons,

Quand nous analysons la position des francs-maçons claironnant sur la place publique leur affiliation maçonnique tout en étant militants ou cadres, du Rassemblement National (ex FN) et de sa nébuleuse nationalisto-royalo-catholico-extrême-droitiste qui ne propose rien de moins que de catégoriser la population en fonction du hasard des naissances, de la couleur de peau, de l’orientation sexuelle ou de la pratique religieuse, nous nous posons la question sur l’homme de bien qui ne doit regarder et juger l’autre qu’à l’aulne de son comportement et de ses actes.

Quand nous analysons la position des francs-maçons sans engagement partisan, mais se satisfaisant de la situation, pourtant dramatique, dans laquelle notre pays se trouve, nous nous posons la question de leur participation inconsciente à l’entreprise supranationale visant à détruire les acquis citoyens, la démocratie, la souveraineté de l’état et le pouvoir des urnes.

Quand nous nous remémorons la récente prise de position du Grand-Maître du Grand Orient de France, auteur d’une charge virulente et remarquable contre la présidence de la République (*), nous nous posons légitimement la question de la léthargie intellectuelle qui règne dans les Loges, toutes obédiences confondues.

Quand nous analysons notre propre engagement à l’Union populaire républicaine, UPR, c’est une certaine fierté que nous ressentons. L’UPR est un parti honnête à tous les sens du terme, un parti  profondément légaliste, qui ne propose rien et ne fait rien qui ne soit conforme au Droit français et aux traités internationaux qui engagent la parole de la France. C’est un parti qui permet l’expression d’une contestation légitime, l’analyse de cette contestation et la production de propositions conformes à l’état de Droit. C’est un parti qui ne prend pas les français pour des imbéciles, et ça fait un bien fou.

Le Cercle Patriam Recuperare

(*) http://www.godf.org/js/tinymce/source/1er-mai-2018-Pere-Lachaise.pdf

A propos de l’auteur

Stephane Simon

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