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Extrait de l’interview d’Alain Juillet sur THINKERVIEW – « La Franc-Maçonnerie est en crise »

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Alain Juillet est un dirigeant d’entreprises. Il a exercé également différentes fonctions dans le cadre du renseignement au sein de la DGSE, notamment comme conseiller pour l’Intelligence Économique en France auprès du premier Ministre.

Membre de la Grande Loge nationale française, Alain Juillet participe à la création d’une nouvelle obédience maçonnique, la Grande Loge de l’Alliance maçonnique française (GL-AMF). Il en devient le 1er grand maître le 28 avril 2012. En 2014 il est désigné pour diriger jusqu’en 2015 la Confédération maçonnique de France, dont fait partie la GL-AMF avec la Grande Loge de France.

Pour Alain Juillet, spécialiste en prospective, la pensée unique a sclérosé la société française. Adepte du « THINK OUTSIDE OF THE BOX » (penser en dehors de la boîte), il délivre dans cet entretien au média « THINKERVIEW« , daté du 7 avril 2018, sa vision sur différents aspects de la politique française.
Au cours de ces échanges, Alain Juillet reconnait que la pensée unique s’est abattue comme une chape de plomb sur la maçonnerie, la vidant, pour l’essentiel, de ce qui faisait d’elle un lieu unique de débat et de confrontation des idées.

C’est aussi cela que la fraternelle maçonnique le Cercle Patriam Recuperare dénonce depuis sa création il y a un an, concernant notre appartenance à l’Union européenne à l’euro et à l’Otan: l’impossibilité d’un débat de fond, arguments contre arguments.

Lien vers la vidéo intégrale

 

LA REPUBLIQUE DOIT-ÊTRE VRAIMENT DEMOCRATIQUE !

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Début novembre 2018 s’est tenu aux environs de Pau un colloque organisé par le Grand Orient de France ayant pour thème « VERS UN IDÉAL EUROPÉEN ». Notre fraternelle dont, pourtant, l’objet même est cet « avenir européen » n’a pas été associée à cet évènement et n’a pas été invitée à venir y faire valoir ses arguments. Ce colloque a donné lieu à une allocution de clôture prononcée par le Grand-Maître du GODF Jean-Philippe Hubsch dont voici le lien vers la vidéo.

Nous tenions tout de même à apporter notre analyse sur ce qu’y est dit dans cette vidéo.
L’allocution commence par la reprise des poncifs habituels et artifices de langage à coup de concepts vides de sens, tels que dénoncés par Pierre Bourdieu et Luc Boltanski dans leur ouvrage « La production de l’idéologie dominante » permettant une fabrique du consentement sur la prétendue nécessité d’une Europe unie. La contestation de cette nécessité est assimilée à un « retour en arrière »  et l’échec du projet européiste présenté comme une catastrophe, sans autre forme de justification.

Pour appuyer son discours et reprenant une propagande infondée, selon laquelle les britanniques regretteraient le Brexit, qui serait accompagné d’une fuite des investisseurs (1), le Grand Maître passe sous silence l’installation au Royaume Uni, depuis le lancement de la procédure de sortie de l’U.E par l’article 50(2) du TUE, de nombreux sièges sociaux de grandes entreprises issues des « GAFA » et manufactures diverses comme la nouvelle chaine de montage de Nissan Qashqai. Pas un mot sur le taux de chômage ne cessant de baisser avec une pression  à la hausse  des salaires devant la pénurie de main-d’œuvre (3) (4).  La prétendue « fuite massive », à ce jour, n’a rien de massive et doit être objectivement considérée comme un épiphénomène. L’agitation politique au Royaume-Uni tourne autour d’un « hard brexit » ou un « soft brexit » mais en tout état de causes le Royaume-Uni ne sera plus membre de l’Union européenne le 29 Mars 2019 à 00h00. Mais passons sur ces détails profanes, parce que le pire est à venir.

En qualifiant le Brexit de « faute politique », en expliquant qu’il n’est pas souhaitable de demander l’adhésion citoyenne et populaire à un projet politique dès lors que l’on sait qu’on ne l’aura pas, bref en remettant en cause le principe de la démocratie universelle et populaire telle que définie à l’article 2 de la constitution française  Le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple, le Grand Maître du Grand Orient de France semble en appeler à une doctrine née de l’Esprit des Lumières, le « despotisme éclairé » (5), pour en justifier l’usage au service d’une institution supranationale, non élue, supposée savoir et faire le bien. On peut, intellectuellement, être séduit par ce concept mais dans les faits, historiquement, qu’en est-il ? De tout cela, Madame de Staël ne disait-elle pas : « Il n’y a que deux genres d’auxiliaires pour l’autorité absolue, ce sont les prêtres ou les soldats. Mais n’y a-t-il pas, dit-on, des despotismes éclairés, des despotismes modérés ? Toutes ces épithètes, avec lesquelles on se flatte de faire illusion sur le mot auquel on les adjoint, ne peuvent donner le change aux hommes de bon sens ».

Par ailleurs nous entendons dans les propos du Grand Maître, un aveu patent d’échec de la démarche maçonnique consistant en une lutte de tous les instants;
– par la pratique de la propagande par l’exemple;
– par son implication citoyenne;
– par sa démarche permanente de « cherchant »;
le franc-maçon s’est engagé à œuvrer pour le perfectionnement moral et spirituel, matériel et intellectuel, de l’humanité entière tant d’un point de vue individuel que collectif. Peine perdue nous dit-on, il est  des questions qu’il  vaut  mieux  ne  pas  poser  au  peuple, parce qu’il n’est « pas prêt » à prendre la « bonne décision ». Cette nouvelle doctrine n’est-elle pas en contradiction avec la démarche maçonnique initiatique ?
Qu’elle justification les frères et les sœurs du Grand Orient de France donneront ils désormais à leur présence en loge ?

Cette allocution du Grand Maître est-elle la bande annonce de la conférence que le Grand Orient de France organise le 29 novembre 2018, dont le thème est :
« Notre République peut-elle être vraiment démocratique ? »
http://www.godf.org/js/tinymce/source/Affiche%20PARIS%2029-11-2018%20web.jpg

Serait-il sous-entendu qu’il y aurait plusieurs niveaux de démocratie ? Avant de savoir si la République peut être vraiment démocratique… ou pas, ne serait-il pas opportun de nous poser la question de savoir si notre République est encore démocratique ! Ne serait-elle pas déjà tombée, sans le dire, dans ce « despotisme éclairé » prenant la forme d’une dictature authentique, c’est-à-dire le gouvernement des doctes, des savants, des experts, nommés provisoirement pour résoudre une crise ? N’avons-nous pas le droit de remettre en cause démocratiquement cette dictature incapable de résoudre une crise qui dure parce que multiforme ? Poser, en ces termes, la question de savoir si notre République peut être vraiment démocratique, semble sous-entendre que dans les faits, elle ne l’est pas et plus grave encore que cela serait très bien ainsi.

Nous rejoignons l’avis du Grand Maître du Grand Orient de France qui nous dit qu’en période où le peuple souffre, il est facile de lui faire voter n’importe quoi. Nous en avons la preuve avec l’occupant actuel de l’Elysée promu là où il est avec exactement les mêmes méthodes et ressources de gestion des perceptions de masse que pour propulser un smartphone en tête des ventes. Faire naître chez le consommateur le désir de posséder un bien est analogue au fait de faire naître chez le citoyen une volonté politique.
Là encore où sont passés nos idéaux ?
La Liberté, l’Egalité et la Fraternité en prennent sérieusement pour leur grade et c’est exactement la raison pour laquelle la méthode fonctionne sans avoir l’air d’y toucher.

Les mots ont-ils encore un sens ? Lorsqu’un premier ministre – Michel Rocard – dit que la démocratie commence avec des problèmes de couleur des boîtes aux lettres, il profére un contresens : la démocratie meurt et s’achève avec des problèmes de boîtes aux lettres. Cette démocratie-là s’appelle du contrôle social. La démocratie n’a jamais eu pour fonction d’apporter des solutions, mais de formuler publiquement des problèmes, en confrontant les intérêts contradictoires en présence, en vue de préparer des arbitrages temporaires entre ces intérêts.
Est-il pensable qu’un état démocratique confie au suffrage populaire les grandes orientations qu’il doit arbitrer ?
Est-il pensable qu’une commune donne le choix de la discussion à la population sur l’implantation d’une zone commerciale alors que les décisions sont déjà prises à sa place dans  des cénacles  où la seule  exigence  se  nomme  rentabilité  au  point  de  ne laisser  aux « comités locaux d’habitants » que le choix de la couleur des jardinières ?
Répondre sincèrement à cette question permet de mesurer le chemin qui reste à parcourir entre l’actuelle démocratie de représentation et ses conseils de proximité, et ce que nous appelons démocratie de participation. Le degré et la qualité de la démocratie se mesurent à la quantité réelle de pouvoir octroyée aux citoyens, dans leur capacité de modifier réellement le fonctionnement d’institutions (école, OPHLM, entreprises, justice, santé, aménagement, culture, etc…). Ce qui définit un fonctionnement démocratique, ce n’est pas le respect des formes (conseils) sur des sujets anodins, mais le sujet de la discussion (les enjeux réels).

Puis le Grand Maître du Grand Orient de France regrette le manque de relations maçonniques communautaires, le manque de volonté de jumelage de loges au sein de l’Union européenne. A-t-il conscience qu’il y a plus de loges du GODF à Pékin qu’à Stockholm ? Depuis quand la franc-maçonnerie française devrait-elle limiter ses relations à l’espace européen ? Le principe de laïcité n’est-il universel qu’en Europe ?  En Syrie, en Irak, en Lybie, au Liban, en Iran, ce sont autant de régimes qui se sont inspirés pour une part de la laïcité française pour construire leur consensus social et confessionnel…. avant que nous les abandonnions à leur triste sort ou que nous fassions pleuvoir sur eux les bombes en violation totale du droit international tel que défini par la charte des Nations-Unies.

La politique française est dictée par le Traité de Fonctionnement de l’Union Européenne (TFUE) et les GOPÉ (6) (les grandes orientations de politique Economique), véritable feuille de mission transmise aux dirigeants de chaque pays de l’UE qui doit être mise en œuvre sous peine de sanctions financières. Que dit, entre autre ce Traité de Fonctionnement de l’Union Européenne : De la « concurrence libre et non faussée » dont elle doit « garantir l’accès » aux citoyens européens (article 106 de TFUE). Une «concurrence libre» signifie qu’un espace est organisé où rien ne doit pouvoir échapper à l’argent et au rapport marchand.
Une « concurrence libre » signifie qu’aucun pouvoir privé ne doit être empêché de s’intéresser commercialement à aucun secteur de l’activité humaine, ni à aucun bien commun universel (sports, loisirs, éducation, culture, tourisme, santé, environnement, électricité, transport, air, eau etc…), qui jusque-là n’étaient pas considérés comme des marchandises, jusqu’à l’homme lui-même réduit à l’état de marchandise où il n’y a plus de relations humaines mais des relations clients-fournisseurs. Il s’agit de tout transformer en marchandise. Toute relation entre deux êtres humains doit pouvoir – d’une façon ou d’une autre – donner lieu à une transaction d’argent avec rédaction de contrat. Il n’y a plus aucun frein à l’appétit de commerce élevé au rang de vertu.

« Une concurrence libre et non faussée » Voici un bel exemple d’inversion des valeurs.
« Fausser la concurrence » fait penser à une mauvaise action. Mais qui sont les « faussaires »? « Fausser la concurrence » veut dire protéger les faibles, garantir le droit des fragiles, aider ceux qui en ont besoin, corriger les inégalités, respecter l’environnement, se soucier de l’intérêt général, offrir des services pour tous, assurer une éducation pour tous, une santé pour tous…etc. Fausser la concurrence c’est faire preuve d’empathie, de compassion, de charité. Toute l’œuvre de la civilisation humaine depuis des millénaires, et principalement de l’institution maçonnique française, consiste à fausser la concurrence, c’est-à-dire à protéger le faible contre le fort, à créer du droit pour empêcher au commerce de s’approprier tout n’importe comment, à créer des services publics, à mettre des barrières aux intérêts privés au nom de l’intérêt général, notion instituée en France par Louis IX, dit « St Louis », qui a créé les « établissements de commun profit » donnant ainsi naissance au concept de service public.

On réfléchit, on relit ces articles de droit international et on se dit que l’on a mal lu. Aucun être humain sensé, doté d’un sens critique et enrichi par une mémoire collective ne peut désirer vivre dans un espace où la concurrence serait « libre » et « non faussée », c’est-à-dire où la loi du plus fort serait devenue une règle de droit comme le veut ce projet, et la loi du plus riche s’imposerait aux États qui seraient dépossédés du droit élémentaire de protéger les faibles.
C’est ainsi que les « despotes éclairés » ont délibérément fait le choix d’abaisser la volonté des états en valeur inférieure aux volontés des groupes commerciaux, de soumettre ce qui est censé être l’émanation populaire et citoyenne aux intérêts privés uniquement guidés par le profit le plus important et le plus rapidement. C’est normal, sans légitimité démocratique le pouvoir politique cède aux chants des sirènes, plus pressés de satisfaire les appétits de ceux qui financent les campagnes électorales que les intérêts des citoyens qui votent.

Le principe même de « construction européenne » est vicié dès la base. On trouve la racine de ce projet dans le discours au Congrès de la Paix de Victor Hugo en 1849 dont nos politiques et nos élites tant profanes que maçonniques aiment à convoquer pour justifier leurs actions. Derrière la « construction européenne » se cache une idéologie d’un autre temps, du temps où la civilisation était incarnée par les pays européens, où le reste du monde était désigné par le mot d’indigène. Comprenez-vous que ce monde est révolu ?

Reprenons ensemble le discours pour la Paix que Victor Hugo prononça en 1849 et qui sert de socle idéologique à cette « construction européenne », véritable prison pour l’universalité du message de la République française et de la franc-maçonnerie française. Il est souvent fait mention d’un extrait de ce discours disant :
« Un jour viendra où la France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne ».

Voilà qui est le point d’orgue de l’adhésion française à ce principe présenté comme incontournable  et  inéluctable de  « construction européenne »  sans laquelle nous ne serions « rien »

Oui mais voilà !
Allons plus loin dans le discours et que lisons-nous ?
« Un jour viendra où l’on verra ces deux groupes immenses, les Etats-Unis d’Amérique, les Etats-Unis d’Europe, placés en face l’un de l’autre, se tendant la main par-dessus les mers, échangeant leurs produits, leur commerce, leur industrie, leurs arts, leurs génies, défrichant le globe, colonisant les déserts, améliorant la création sous le regard du Créateur, et combinant ensemble, pour en tirer le bien-être de tous, ces deux forces infinies, la fraternité des hommes et la puissance de Dieu ! »

L’idée selon laquelle la construction européenne aurait pour objet de faire « contrepoids » à la puissance américaine fait d’un coup long feu et notre laïcité française en prend pour son grade. Nous laissons celles et ceux qui ont la fibre écologique méditer sur ce qui est entendu par « défricher le globe » et « coloniser les déserts ».
Mais allons encore plus loin.
« La face du monde serait changée ! Les isthmes seraient coupés, les fleuves creusés, les montagnes percées, les chemins de fer couvriraient les deux continents, la marine marchande du globe aurait centuplé, et il n’y aurait plus nulle part ni landes, ni jachères, ni marais ; on bâtirait des villes là où il n’y a encore que des écueils ; l’Asie serait rendue à la civilisation, l’Afrique serait rendue à l’homme »

Non vous ne rêvez pas. Imaginez les « continents de plastiques » multipliés par 100, les surfaces de palmeraies à huile du Sud-est Asiatique multipliées par 100, le nombre d’enfants grattant la terre à la recherche des indispensables terres rares qui entrent dans la fabrication des batteries de nos voitures et de nos téléphones portables multiplié par 100, les écosystèmes détruits au nom du commerce !….  L’enfer sur Terre !
Saviez-vous qu’il n’y avait pas de civilisation en Asie et pas d’Hommes en Afrique ?

Alors s’il y a bien une concorde universelle à préparer pour nous, francs-maçons, elle ne passe pas par l’adoration du veau d’or, le commerce élevé en vertu, la dévastation des écosystèmes et la mise en esclavage de populations. Victor Hugo ne connaissait pas Internet et c’est par la destruction des murs numériques entre les hommes que la concorde, la coopération, les échanges culturels entre les peuples aux paradigmes si différents pourront se faire et pour que les humains de cette planète puissent se comprendre, s’aimer et résoudre démocratiquement leurs conflits internes.

Voilà qui devrait interpeller le franc-maçon citoyen ! Et en premier lieu les Grands Maîtres des obédiences françaises. Il est inutile de psalmodier que nous sommes en démocratie sous prétexte que nous aurions la liberté d’expression. Sans la liberté d’opinion, l’accès aux moyens de partager nos visions politiques et sans éclairage sur les choix possibles, la liberté d’expression et la démocratie sont une coquille vide.

Construisons des ponts, détruisons les murs.

Stéphane SIMON
Président du Cercle Patriam Recuperare

  1. https://www.capital.fr/entreprises-marches/le-brexit-ne-dissuade-pas-les-investisseurs-financiers-1311516
  2. https://www.upr.fr/lupr/article-50-du-traite-sur-l-union-europeenne/
  3. https://fr.reuters.com/article/businessNews/idFRKBN1KZ14Q-OFRBS
  4. https://www.bfmtv.com/economie/brexit-la-penurie-de-main-d-oeuvre-contraint-des-entreprises-a-augmenter-les-salaires-1506342.html
  5. https://fr.wikipedia.org/wiki/Despotisme_%C3%A9clair%C3%A9
  6. https://www.upr.fr/actualite/europe/les-gope-grandes-orientations-politique-economique-feuille-route-economique-matignon/

ASSELINEAU DÉCRYPTÉ PAR ONFRAY & POLONY

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Dans ce montage vidéo, vous entendrez les commentaires du philosophe Michel ONFRAY ainsi que de la journaliste Natacha POLONY sur le positionnement politique de François ASSELINEAU et les propositions de son parti, l’Union populaire républicaine (UPR).
Il est assez rare d’entendre des intellectuels traiter du fond des problèmes avec honnêteté intellectuelle sans sombrer dans les poncifs habituels, les raccourcis réducteurs et la politique-spectacle qui  s’impose partout.

COMPLOTISME – Dialogues parallèles entre GIGANTORAPTOR et PATRIAM RECUPERARE

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Pour seuls prolégomènes à cet article, nous vous proposons de visionner (avec l’accord de l’intéressé) la vidéo d’un jeune Youtubeur ( Le complotisme – Retour critique #7 ) dont le pseudonyme M-GIGANTORAPTOR laisse à penser que le jeune homme est féru de paléontologie, jusqu’à l’obsession.

Un a priori quelque peu réducteur et il suffit pour se convaincre du contraire de parcourir sa page FACEBOOK
https://www.facebook.com/mgigantoraptor/
et visionner sa chaine YouTube
ttps://www.youtube.com/user/AstroPaleoBMW/featured
pour comprendre que M-GIGANTORAPTOR est éclectique dans ses passions puisque la maîtrise de la philosophie et de la sociologie semble atteindre un degré de maturité inhabituel chez une personne de cet âge.

 

La genèse
C’est au XVIII siècle, au moment de la révolution française que des acteurs contre-révolutionnaires ou de simples partisans de la monarchie vont théoriser la notion du complot. Ceux-ci ne perçoivent pas la révolution comme la convergence de révoltes populaires multiples plus ou moins spontanées, mais plutôt comme le résultat d’une manipulation populaire ourdie par une minorité qui conspire contre un ordre établi : la religion chrétienne à cette époque et son incarnation politique, la monarchie de droit divin.

Ainsi nait en cette fin du XVIII siècle, la dénonciation du complot maçonnique. Tel le mécanisme d’une horlogerie, les roues s’assemblent dans un mouvement perpétuel qui va traverser les siècles en agrégeant au fil du temps, de nouvelles cibles.

La théorie du complot imprègnera d’autant plus les esprits, que la relative mais progressive baisse d’influence de la religion  laisse l’individu livré à lui-même, sans vision divine, sans vérité révélée.

A la base de la construction d’une théorie conspirationniste, il y a toujours un sophisme. S’il est historiquement reconnu que la Maçonnerie du siècle des lumières a exercé une réelle influence sur la pensée de l’époque au travers des nombreux ouvrages d’écrivains francs-maçons, cela ne peut signifier pour autant qu’il existât une conspiration. L’influence prêtée ou supposée l’être aux francs-maçons doit être comprise, non pas comme un groupe ayant je ne sais quel pouvoir, mais comme des individualités imprégnées des préceptes maçonniques qui portent au dehors l’œuvre commencée dans le Temple. (temple maçonnique)

Nous le constatons, c’est la Franc-Maçonnerie qui cristallise en cette fin du XVIII siècle les attaques des adeptes de la mouvance conspirationniste. Il faudra attendre la fin du XIX pour voir apparaitre la conjonction  entre le complot maçonnique et le complot juif. Cela donnera le complot judéo-maçonnique, concept qui va connaitre son apogée la plus dramatique avec l’avènement du chancelier Adolf Hitler au pouvoir en Allemagne.

Relevons une constante dans l’univers des conspirationnistes, un nouveau complot ne chasse pas le précédent, il se superpose au précédent. L’association faite pour des raisons idéologiques mais aussi pratiques, créée une filiation qui permet d’agréger les nouveaux adeptes tout en conservant les anciens. C’est là sa force mais aussi sa faiblesse.

Qu’en est-il aujourd’hui du conspirationnisme ?
Le conspirationnisme est un phénomène social majeur qui s’est démultiplié avec l’avènement des réseaux sociaux. Il touche peu ou prou 1 français sur 4 et peut atteindre des niveaux d’adhésion préoccupants lorsque l’on soumet certains sujets à un échantillon lors d’une enquête ou d’un sondage. Relevons aussi comme corollaire à l’avènement des réseaux sociaux que le phénomène touche plus distinctement les jeunes. De même, des études font apparaître que les français les moins diplômés, qui votent en majorité pour les partis dits « populistes », sont enclins à adhérer aux thèses conspirationnistes en ce sens qu’elles cherchent à adosser à des faits avérés, un bouc-émissaire selon une logique simpliste uni-causale de narration.

Nous rejoignons M-GIGANTORAPTOR dans son propos, lorsqu’il tente de définir la frontière entre l’hypothèse et le complotisme. Hormis les thèses délirantes que nous excluons du champ du sujet traité, force est de constater que la rapidité avec laquelle  l’information prend naissance et circule, le peu de temps disponible pour décrypter et sourcer et les faibles moyens mis à disposition de la presse, rend problématique, la charge de la preuve qui, comme le dit notre jeune Youtubeur, repose sur celui qui procède à une affirmation. Cependant toute affirmation dont on ne peut asseoir l’authenticité par la présentation de la preuve, ne doit pas devenir ipso facto une thèse complotiste. Le discernement et l’esprit critique sont à la disposition de chacun pour orienter sa pensée.

Rajoutons à cela la propension de certains d’user et d’abuser de la dénomination de complotiste ou conspirationniste, comme une arme de décrédibilisation d’un adversaire. Dans l’arsenal des armes de décrédibilisation assurant d’une mort sociale un adversaire, il y avait « antisémite », « extrême droite », « populiste », il y a maintenant « complotiste ou conspirationniste ».

L’histoire nous éclaire !
Alors que le Cardinal Mazarin avertissait le Roi d’un complot ourdi de l’étranger pour renverser la couronne de France, le jeune Louis écarta d’un « Monseigneur voit des complots partout! ». Piqué au vif, le cardinal-diacre répondit : « Il y a pire folie, Sire, que de voir des complots partout : C’est de n’en voir nulle part« .

Patriam Recuperare

L’AFFAIRE BENALLA VUE PAR MICHEL ONFRAY – L’enfant-roi couronné

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Nous reproduisons ci-dessous un nouvel article du philosophe et essayiste français Michel ONFRAY sur ce qu’il est convenu de nommer l’affaire BENALLA. Cet article est paru sur le blog de l’intéressé. Une vidéo est accessible à partir du lien suivant.

L’ENFANT-ROI COURONNÉ

Le candidat Macron avait promis une présidence de rupture avec l’ancien monde, ce fut d’ailleurs son principal argument publicitaire – c’était sans surprise puisque tout aspirant à la fonction effectue ce genre de promesse… De meeting en meeting, il annonçait les qualités de cette présidence d’un nouvel âge. Elle serait, nous disait-il, intègre, jupitérienne, économe d’apparitions, avare de paroles, véritablement républicaine, en un mot : gaullienne.

Dans la réalité, elle s’avère aujourd’hui mafieuse, naine, verbeuse, exhibitionniste, monarchique et narcissique : c’est celle d’un enfant-roi couronné. En fait, ce jeune homme consacré par le suffrage dans les conditions branlantes que l’on sait est un mélange de Chirac pour les affaires et de Sarkozy pour la brutalité, de Mitterrand pour la filouterie et de Séguéla pour le cynisme, ou bien, remontons plus loin encore dans l’histoire, puisqu’elle semble être le modeste horizon qu’il se propose, de Louis XIV pour la mégalomanie – on ne fait pas plus vieux monde…

Macron effectue très vite le chemin qui conduit du capitole à la roche tarpéienne. Le voilà au bord du précipice où la presse, qui l’a porté jadis, semble prête aujourd’hui à le précipiter. La loi fameuse qui donne le mode d’emploi des journalistes – « lécher, lâcher, lyncher » – n’a jamais semblé autant d’actualité…

Notre président soupe-au-lait semble la découvrir, ce qui le fait très vite se mettre en colère ; il est vrai qu’il a pour lui l’excuse de l’extrême jeunesse et de la naïveté, du manque d’expérience et de la candeur juvénile, sinon d’une testostérone bien de son âge.

Mais la colère ne fait pas Jupiter : elle le défait bien plutôt quand elle surgit mal à propos, autrement dit quand le président ne la possède pas, mais qu’il est possédé par elle. Jupiter ne saurait fonctionner avec l’âme d’un enfant, fut-elle celle d’un roi.

Les faits sont connus. Mais dans notre monde devenu orwellien, ils ne sont plus qu’une variable d’ajustement. La perversion va même jusqu’à ce que les producteurs de ce qu’il convient désormais d’appeler des « fake news », autrement dit des « fausses nouvelles », soient ceux-là même qui prétendent affirmer dire vrai au moment même où ils disent faux. Les journaux qui se sont fait une spécialité d’intoxiquer disposent désormais d’une rubrique désintox  dans laquelle ils s’évertuent à intoxiquer plus massivement encore.

C’est donc dans ce monde-là que le président Macron fait merveille : celui de la production d’intox. La preuve c’est qu’il envisage, en même temps qu’une loi qui prévoit de réduire le pouvoir du parlement, un texte pour lutter contre les « fausses nouvelles » en temps de campagne électorale ! On mesure combien la vérité n’a plus rien à faire dans ce nouveau monde et combien les éléments de langage des conseillers en communication des politiques s’y substituent nullement pour le meilleur mais certainement pour le pire.

Dès lors, les informations d’abord données par les journalistes sur Alexandre Benalla sont ensuite contredites par les conseillers en communication de l’Elysée qui envoient leurs petits soldats inonder les médias avec des éléments de langage destinés à riposter afin de déstabiliser puis de reconstruire l’opinion publique.

Mais ces nouvelles vérités médiatiques concernant Monsieur Benalla qui semblent de nouveaux mensonges macroniens avancent masqués et sans preuves : sur le nombre de mètres carrés de son logement revus à la baisse, sur le montant minoré de sa fiche de paie, sur ses attributions policières et les noms de ceux qui en sont à l’origine, sur ce que permettent ou non ces accréditations sur le terrain, sur les obscures raisons d’une mission d’observation (observer quoi ? et pour le compte de qui ?), sur la mise à pied pendant laquelle il continue de travailler, sur la nature de la retenue de salaire présentée comme prélevée sur des heures effectuées dans le passé mais non créditées sur un compte, sur sa présence dans le bus des bleus mais, nous dit-on le plus sérieusement du monde, pour s’occuper des bagages des footballeurs, et sur tant d’autres choses, nous ne disposons que d’une seule et même parole présidentielle diversement modifiée. Or chacun sait ce que vaut la parole de ces gens-là – de Celui qui la profère et de ses perroquets…

Si d’aventure une commission d’enquête n’a pas pu être évitée par le roi, sa présidente (qui est député du parti présidentiel, ce qui n’a pas été jugé déontologiquement impossible, c’est dire la moralité…), sa présidente, donc, se montre, comme c’était prévisible,  juge et partie. On sent en effet à chaque minute de la retransmission publique de cet interrogatoire parodique la main de fer de l’Elysée dans ce bas de soie – au point que le co-rapporteur de la commission d’enquête quitte son poste, écœuré par ce qu’il y découvre…

L’Elysée a donc mobilisé le ban et l’arrière-ban des communicants, des habitués de cabinet de crise, des personnes habilitées à faire courir les bruits et à créer les rumeurs dans Paris, donc en France, à les lancer aux bons lieux, en présence des bonnes personnes, là où l’on sait que la propagande se répandra en métastases médiatiques. Quelques journalistes qui soutiennent éhontément le président en temps normal activent leurs réseaux et l’intoxication n’a jamais été autant avérée.

Le porte-parole de la présidence, le journaliste Bruno-Roger Petit, qui n’a jamais autant mérité que maintenant son patronyme, intervient, c’est son heure de gloire, mais pas pour longtemps car elle est suivie par une heure de honte qui suffira à en faire toute une vie sous le même signe : tout son laïus se trouve mis à mal par les informations qui suivent et s’enchaînent en cascade – même celles qui proviennent de l’Elysée, c’est dire l’état de panique. A Rome, dans ces cas-là, Monsieur Petit, on cherche de quoi être un peu grand et, pour ce faire, on recours à un poignard ou à du poison – j’entends : pour en user contre soi car, avec cette engeance, on doit toujours préciser…

Alexandre Benalla, que tout le monde a vu en majesté musclée dans ses actes, apparaît à la télévision, sur TF1, dans « Le Monde », puis dans « Le journal du dimanche » – il manque « Le jour du seigneur » et « France-Inter», mais ne désespérons pas, tout viendra en son heure.

L’homme qu’on a vu sur des vidéos casqué, déambulant comme un animal qui titube, ivre de sang, et qui cherche à empoigner, secouer, taper, cogner, mettre à terre, mais pour le bien de la République et en offrande à son président bien aimé, semble tout droit sorti de l’ENA ou de Science Po, sinon de l’Ecole Normale supérieure : bien peigné, rasé court chez un barbier de l’Elysée peut-être, il porte des lunettes, c’est mieux que la visière, un costume, c’est plus seyant que la tenue sport du milicien, il parle de façon posée en récitant la leçon écrite par les communicants et apprise par cœur, c’est mieux que les vociférations et les hurlements dans lesquels il paraît tellement à l’aise. L’homme qui fait son Joë Starr pour la bonne cause républicaine semble habillé avec un costume du vieux monde qui rappelle ceux de feu François Fillon.

Dans ce qui est présenté par le journal comme un « Entretien exclusif », Le Monde titre : « Alexandre Benalla livre ses (sic) vérités » – tout est dit ! La vérité ayant cessé d’être une, puisqu’on en affiche de multiples, la preuve est enfin apportée que la vérité est morte, qu’elle n’existe plus et que, selon les cas, il y aura un jour les vérités du bourreau, le lendemain les vérités des victimes, ensuite les vérités des amis du bourreau puis, pour faire bonne mesure, et prétendre à l’équité, les vérités des amis de la victime. Voilà pourquoi, dans sa rubrique désintox, après avoir tant donné de place aux vérités multiples, « Le Monde » donnera ses vérités qui seront celles qui permettent à ses actionnaires de se réjouir de faire partie d’une si belle aventure journalistique.

Mais, comme toujours, ce que l’on apprend n’est pas dans ce que le journal montre et qui est destiné à mieux cacher ce qu’il faut taire mais dans ses coulisses. Dans cet appartement prêté par « un journaliste reconverti dans les affaires », comme le précise sans y voir malice le quotidien du soir, se trouvait alors une certaine Michèle Marchand, dite « Mimi Marchand ». Il n’est pas dit dans l’article mondain, si je puis me permettre un néologisme, que cet homme a été convaincu d’escroquerie aux ASSEDIC (L’Express, 26.VIII.2018).

Cette femme a commencé sa carrière dans la casse de voitures, elle a eu deux maris qui ont fait de la prison, elle a régné sur des établissements bien connus des nuits parisiennes, elle a travaillé pour une revue d’amateurs d’armes, elle a été journaliste à Voici, elle a fourni nombre d’informations people à la presse du même nom, elle a été mise en détention provisoire pour une affaire de fausses factures qui impliquaient des célébrités, elle est aujourd’hui mariée avec un homme qui travaille pour les renseignements généraux. On ne sache pas qu’elle soit chargée de mission à l’Elysée, encore que, mais on sait qu’elle est une amie du couple Macron et qu’elle se trouvait avec Alexandre Benalla dans cet appartement où Le Monde avait été convoqué pour relayer la riposte élyséenne. Il est dit que ladite Mimi est responsable de la communication élyséenne de madame Macron. Du beau monde pour et avec du beau monde…

A la question posée par L’Express : que faisiez-vous dans cet endroit où se trouvait Alexandre Benalla préparant une riposte médiatique dans l’appartement de ce monsieur, elle répond : « A 19h30, j’étais de passage chez Marc Francelet, un ami de quarante ans, pour lui déposer les clés d’une location de vacances à Biarritz. Et j’ai vu le photographe du Monde qui attendait Alexandre Benalla. Je suis tombée du ciel. Je n’ai rien à voir avec tout ça. J’étais là par pur hasard. Et je suis repartie sans assister à rien ! »

Autrement dit : Mimi Marchand était aux côtés d’Alexandre Benalla chez ce journaliste recasé dans les « affaires » qui accueillait, probablement par hasard lui aussi,  un journal qui recueillait la riposte médiatique ourdie par le cabinet de l’Elysée, mais tout cela, bien sûr, à l’insu de son plein gré… Qui cela abusera-t-il ?

Mais le plus intéressant dans cette affaire n’est pas qu’il s’agisse de la banale histoire d’un jeune roi qui protège et couvre son favori en l’ensevelissant de cadeaux aux frais de la République, c’est vieux comme le monde et les Mémoires de Saint-Simon regorgent de ces puérilités, c’est ce que tout cela trahit du caractère du petit roi. Faveurs, coucheries, alcôves, prébendes, complaisances, cadeaux, privilèges, avantages, largesses, voilà qui se trouve chez tous les mémorialistes du pouvoir de tous les temps et de toutes les époques.

Ce qui se dessine actuellement c’est, pour l’Histoire dont il semble si friand, la trace et la marque qu’Emanuel Macron risque d’y déposer. Il était écrit qu’il ne la laisserait pas sur le terrain politique : depuis l’abandon de la souveraineté de la France lors du traité de Maastricht en 1992, le président de la République n’est plus que l’un des ministres de l’Etat Maastrichien. Il en est l’homme lige, l’obligé, le serviteur et le domestique. Parfois, pour croire qu’il n’en est pas le valet, il feint d’avoir écrit la feuille de route que Bruxelles lui a donné. La seule façon qu’aurait désormais un homme politique français d’entrer dans l’Histoire, ce serait de faire sortir son pays de cet Etat maastrichien qui l’a dépossédé de tous ses biens et de tous ses attributs. Mais le molosse, on le voit, dispose des armes d’un Etat non démocratique qui, depuis des années, jette au feu les volontés sécessionnistes du peuple stigmatisées comme populistes. Nous n’avons plus le choix qu’entre populistes et populicides.

Politiquement, Macron sera l’un des hommes de main de l’Etat maastrichien ; historiquement, un jeune roi trop tôt couronné auquel le pouvoir aura monté à la tête, c’était à prévoir dans notre régime de monarchie présidentielle. Lui qui prétend aimer le théâtre, il n’a jamais dû lire Shakespeare ou, s’il l’a lu, ne jamais le comprendre. Il semble plus doué pour Labiche et le théâtre de boulevard. Loin du Roi Lear du premier il joue plutôt dans Deux profonds scélérats du second.

Car ce qui restera de cette affaire Benalla qu’un crétin de communicant anonyme a résumé en un jeu de mot foireux à la Libé : « Une affaire d’été plus qu’une affaire d’Etat » en estimant que ça suffirait pour calmer le bon peuple, c’est cette sidérante phrase proférée par Emmanuel Macron devant ses affidés, et non devant la commission ou lors d’une communication de son choix à destination des français, ses sujets : « Le seul responsable c’est moi et moi seul » dit-il. (Le Point, 25 juillet 2018).

Quelles conséquences tire-t-il de cet aveu ? Aucune. Bravache, hâbleur, matamore, suffisant, prétentieux, insolent, méprisant, si peu président de la République et tellement Enfant-Roi couronné, il ajoute : « S’ils veulent un responsable, il est devant vous. Qu’ils viennent le chercher ». Or il sait pertinemment que son statut juridique l’immunise : il demande qu’on vienne le chercher alors qu’il sait que l’on ne le peut pas. Courageux mais pas téméraire. Les raisins de ce jeune homme sont trop verts…

S’il avait un peu d’honneur, de bravoure et de vertu, de courage humain et politique, de valeur, mais c’est beaucoup demander à un enfant-roi qui ne connait que son caprice, il se rendrait seul et de son plein gré là où tout le monde l’attend : à la commission qu’il s’honorerait de faire présider par tout autre qu’un élu de son propre camp et il y répondrait aux questions qu’on lui poserait.

Pour l’heure, ce fanfaron en rajoute. Car, dans le même lieu, la Maison de l’Amérique latine, devant les mêmes élus godillots, il croit bon d’ajouter : « Alexandre Benalla n’a jamais été mon amant » (Le Parisien, 25 juillet 2018). Pour quelle étrange raison s’est-il crû obligé de préciser une pareille chose alors qu’il semble qu’aucun autre président de la Cinquième République n’a eu besoin de préciser ce genre de chose ? Pourquoi, en effet ? « Parce que » répond l’enfant-roi…

 

L’AFFAIRE BENALLA VUE PAR MICHEL ONFRAY – Le favori du roi

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Nous reproduisons ci-dessous un article du philosophe et essayiste français Michel ONFRAY sur ce qu’il est convenu de nommer l’affaire BENALLA. Cet article est paru sur le blog de l’intéressé. Une vidéo est accessible à partir du lien suivant.

LE FAVORI DU ROI

Dans la république monarchique qui est la nôtre, le président de la République court moins le risque d’être républicain que celui de devenir monarque. Le républicain sait qu’il est au service de l’Etat ; le monarque veut que l’Etat soit à son service.

Le jeune Emmanuel Macron est entré sabre au clair dans la République en faisant savoir qu’il la restaurerait après les longs mandats présidentiels qui l’ont  mise à mal. Mitterrand fut traître à la gauche, Chirac traître au gaullisme, Sarkozy  traître à Chirac et Hollande traître à Mitterrand… Depuis la vente de la France à l’Etat maastrichien, la République est en lambeaux.

Quelques naïfs ont cru que le trentenaire couronné parviendrait à tordre le bâton dans l’autre sens en ignorant qu’il faut un tempérament de fer, un caractère d’acier et, surtout, une éthique impeccable, pour ne pas succomber à la tentation de ne plus voir le monde que médiatisé par les courtisans – une tentation à laquelle il avait déjà succombé avant d’accéder à la magistrature suprême.

Et puis comment inverser la vapeur quand on conduit dans la même direction et pour le même terminus le même train que ces quatre derniers présidents qui, tous, bradent la Nation au profit de l’Etat maastrichien qui ingère, digère et excrète les Nations sans aucun état d’âme, parce que c’est dans la nature de son projet et dans la logique de son fonctionnement ?

Cet homme qui voulait être Jeanne d’Arc se comporte comme l’évêque Cauchon, cette personne qui voulait être de Gaulle pense et agit comme René Coty, ce communicant qui avait promis une parole rare verbigère sous lui, ce modeste qui voulait être Jupiter n’est rien d’autre que Triboulet, le bouffon des Rois de Bruxelles.

Le voilà aujourd’hui monarque pour le moins glorieux de la monarchie : les vices de la cour, les prébendes offertes aux plus offerts, le règne des courtisans visqueux, l’attribution des passe-droits, l’octroi des faveurs, les privilèges accordés, les dépenses de l’argent des gueux en soirées privées et somptuaires, les fêtes avec des voyous payées avec l’argent du contribuable, les commandes de vaisselles précieuses ou la construction d’une vasque dans un château inscrit aux monuments historiques afin de recueillir les ablutions estivales du roi et de ses favoris…

Ça n’est plus désormais la Pléiade du général de Gaulle qu’il faut arborer ostensiblement sur le bureau de la photo officielle avec un grand renfort de communicants pour expliquer le rébus, mais les Mémoires de Saint-Simon qui rapportent dans le détail la fange de ces régimes de caprices. Mais je m’égare : le jeune homme président avait également choisi pour son bureau Gide et son Nathanaël à qui la ferveur avait été enseignée, et Stendhal dont le beylisme est une école d’égotisme, de jouissance solitaire et de bonheur sans autrui, voire contre ou malgré lui…  En même temps l’auteur des Mémoires de guerre et l’auteur de Corydon. Comprenne qui pourra. Pour ma part, j’avais compris.

Et voici qu’arrive l’affaire Benalla… Pour ceux qui n’auraient pas encore compris, il est encore temps, l’heure est venue. Je résume à l’usage de ceux qui ne sauraient pas encore : le jeune Alexandre Benalla, il a vingt sept ans, est couvert de cadeaux par le jeune président. On se demande bien pour quelles raisons ! Cet homme dont les lettres de noblesse consistent à avoir été gros bras chez les socialistes (où il y a tant de petits bras ou de bras cassés…) du temps de Martine Aubry et de François Hollande, était impétueux, fougueux, ardent, embrasé, brûlant – autant de vertus qui semblent ravir Emmanuel Macron.

Mais pas Arnaud Montebourg qui l’a congédié une semaine après l’avoir embauché parce que ce chauffeur surchauffé avait commis un accident, ce qui est une chose, mais avait enchaîné sur une tentative de délit de fuite, ce qui en est une autre. Est-ce pareil homme qu’Emmanuel Macron doit couvrir de cadeaux ? Et si oui, pour quelles raisons ?

Car des cadeaux, il en recevait, jusqu’à cette vidéo fort opportunément mise en circulation sur les réseaux sociaux par d’aucuns qui doivent avoir de bonnes raisons de lui en vouloir – des raisons publiques, bien sûr, mais peut-être aussi des raisons privées. Tant de faveurs accordées ne cessent d’interroger.

Car cet homme disposait Quai de Branly d’un somptueux appartement de fonction (tellement somptueux qu’il était celui qu’occupait la famille illégitime du président Mitterrand…), d’une voiture de luxe avec tous les dispositifs qui permettent de se déplacer facilement et rapidement dans Paris grâce à des gyrophares de VIP, d’un chauffeur pour le véhiculer, d’un salaire très confortable de haut-fonctionnaire, autrement dit, de toutes les faveurs qu’un roi peut accorder à son favori.

Favori, il l’était incontestablement, car on ne compte plus les photos sur lesquelles on voit Monsieur Benalla au plus proche physiquement d’Emmanuel Macron. Dans des situations officielles, bien sûr, mais également dans des situations privées. Cet homme fait partie de la vie intime du président de la république, du moins celle qui nous est offerte dans les magazines : près de lui sur un télésiège au ski, dans le cocon de la résidence familiale du Touquet, à bicyclette. « Il y a une relation particulière qui s’est liée entre eux. Benalla vit avec le chef de l’État et sa femme, il est de tous les déplacements officiels comme privés » peut-on lire dans L’Express du 19 juillet dernier sous la plume de Laurent Leger.

Cet homme qui, avant Macron, était donc connu pour un licenciement motivé par un délit de fuite, a donc été choisi par Emmanuel Macron pour s’occuper de sa sécurité et ce au mépris de tout le dispositif républicain prévu à cet effet. Il existe en effet des gendarmes et des policiers de métier qui sont assermentés, formés, dévoués, républicains, qui n’ont aucun casier judiciaire ou aucun passé qui soit un passif de délinquant, et qui sont payés pour effectuer ce travail dont on les dispense puisqu’on en a chargé le Favori.

La presse a rapporté qu’une demande de port d’armes avait été refusée par le Ministère de l’intérieur à cet homme au temps où il s’occupait de la campagne présidentielle du jeune monarque. Les services de la Place Beauvau, auquel Emmanuel Macron a accès, bien évidemment, disposaient des informations pour motiver ce refus. Depuis que le candidat Macron est devenu président de la République, Benalla dispose d’un port d’armes…

La vidéo qui montre Benalla arborant les attributs de la police sans être policier, brassard et casque, tabassant un manifestant, a été présentée à un certain nombre de personnes à l’Elysée –  Gérard Colomb et Emmanuel Macron compris, bien sûr…

Qu’a-t-il été décidé en haut lieu ? Une prétendue punition : quinze jours d’interdiction de travail et une retenue sur salaire. Mais des images montrent que cette interdiction de travail n’a pas été suivie d’effets. On voit en effet Benalla au vu et au su de tout le monde continuer à travailler – y compris lors du 14 juillet… Qu’est-ce qui nous prouvera que la retenue sur son salaire a eu lieu ? Ou qu’un équivalent n’a pas été distribué en liquide ? On l’a vu lors de la panthéonisation des époux Veil, mais aussi lors de la cérémonie de retour de l’équipe de France de football – il était dans le bus des Bleus…

D’autres témoignages arrivent qui montrent que ce voyou n’en est pas à son coup d’essai : cet homme est brutal et violent, délinquant et imposteur, dangereux  et  agressif. Il ne se contente pas de taper un homme à terre, ou bien de molester un journaliste de LCP ici ou un militant de la jeunesse communiste là, il frappe aussi une femme – et j’attends que, dans la macronie, les féministes autoproclamées progressistes dénoncent ce passage à tabac d’une femme par un mâle blanc protégé par un casque. Marlène, on ne vous entend pas…

C’est cet homme que le président Macron a poussé en vue d’un poste de sous-préfet au tour extérieur. Face à la bronca du corps préfectoral, l’affaire est restée sans suite… La République est ici passée à côté d’un drame.

Par ailleurs : comment cet animal frappeur a-t-il pu obtenir ce statut de lieutenant-colonel de la réserve opérationnelle dans la gendarmerie alors que d’autres impétrants ne l’obtiennent qu’après de longues épreuves sélectives et, surtout, avec de l’ancienneté ? Qui expliquera comment il est parvenu à passer d’un seul coup du grade de brigadier à celui de lieutenant-colonel ?

Cessons-là. Le président Macron a menti pour couvrir cet homme. Il se tait pour le couvrir encore. Le silence de Gérard Colomb procède de cette couverture, tout autant que le silence de ceux qui savaient mais qui n’ont rien dit. Qu’est-ce qui peut bien expliquer pareilles faveurs ? Mystère…

Cette histoire soulève le voile et montre Emmanuel Macron sans fard pour ceux qui avaient encore besoin de points sur les « i ».  Cet homme cynique n’aime que lui et ceux qui l’aiment. Narcissique à souhait, il aime donc par un effet de miroir : j’aime qui m’aime, même si cet autre n’est pas aimable. Et, de fait, Monsieur Benalla n’est pas aimable d’un point de vue républicain, et c’est fort fâcheux pour un président de la République de couvrir d’autant de faveurs un tel personnage. Mais Monsieur Benalla n’est pas aimable non plus d’un point de vue privé. Sauf à priser tout particulièrement ce genre de mauvais garçon.

Samedi 21 juillet, on apprenait fort opportunément dans l’après-midi qu’Alexandre Benalla devait se marier à la mairie d’Issy-les-Moulineaux. On aurait aimé connaître l’identité de l’heureux.se élu.e. Gageons que cette affaire ne fait que commencer. Nous ne sommes probablement pas au bout de nos surprises. Il va bien falloir finir par se rendre à l’évidence : il y avait bel et bien un candidat  qui méprise la République au second tour des dernières présidentielles. J’aurais dû croire les médias du système…..

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